Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




lundi 31 juillet 2017

Brigitte Giraud : Un loup pour l'homme

     Brigitte Giraud nous offre dans son dernier roman "Un loup pour l'homme", une grande histoire d'humanité et rend un très bel hommage à l'Algérie, pays de sa naissance, dont l'histoire ne peut laisser les mémoires indifférentes.
     Nous sommes au printemps 1960, et Antoine est appelé en Algérie pour encadrer les événements, au même moment sa femme, Lila apprend qu'elle attend un enfant. Mais elle ne veut pas avoir cet enfant si elle se retrouve toute seule.
     Antoine décide de ne pas prendre les armes, il est alors nommé à l'hôpital de Sidi Bel Abbès où il se retrouve à faire les fonctions d'infirmier.
     Les violences des combats, la barbarie qui s'abat dans le pays, il va les découvrir grâce aux récits que lui feront les soldats blessés hospitalisés.
     Il prend en charge un jeune caporal, Oscar, qui a perdu une jambe au combat et qui attend d'être transféré. Enfermé dans son mutisme, il se sent un devoir de prendre particulièrement soin de lui.
     A travers le quotidien  de jeunes livrés à l'Histoire et  qui n'avaient pas choisi d'être là, le lecteur assiste à des moments de grâce.
     D'abord il y a l'expérience partagée, la même solitude et l'effroi qui étreint. Les soldats sont loin de chez eux, l'exotisme paraît et il y succombe aussi à leur façon.
     Et puis il y a l'Algérie, la France, si différente, belle et chaude, toute incandescente. Les lumières se font caressantes, les odeurs s'accrochent. On aime ce pays au-delà de tout ce qui n'est pas encore arrivé.
     Brigitte Giraud est née à Sidi Bel Abbès, souvenirs et mémoires transparaissent dans ce très beau roman d'hommes et d'amour.
     Le lecteur fume aussi la dernière cigarette de la journée quand le soleil se cache derrière un horizon sauvage et beau, il entend les voix qui racontent les horreurs et la jeunesse perdue.
     C'est un livre très puissant, sur une guerre non nommée et qui offre malgré tout la vision d'un pays lumineux.
      Il nous reste des images dans la tête et une folle envie de partir là-bas.
Brigitte Giraud - Un loup pour l'homme - Editions Flammarion - Parution le 23 Août 2017 -  256 Pages - 19 €
 

vendredi 28 juillet 2017

Charlotte Pons : Parmi les miens

     Charlotte Pons dans son premier roman, "Parmi les miens", donne la parole à Manon une jeune femme confrontée avec sa sœur Adèle, son frère Gabriel et leur père à leur mère victime d'un très grave accident de la route.
     Autour de leur mère et épouse à l'hôpital, ils écoutent le médecin leur annoncer la situation : coma, état de mort cérébral.
Manon s'empare de l'histoire. Pour elle, il est impensable de laisser leur mère comme ça, elle préfère qu'elle meure là,, maintenant, et elle le dit. La famille réagit violemment et met en place les visites, puis commence l'attente.
     A travers un drame familiale, l'auteur réussit créer une tension psychologique très forte.
Manon est très perturbée, elle laisse son mari et son petit garçon pour s'installer auprès de sa mère dans la maison familiale.
     Les personnages sont attachants, chacun retrouvant le chemin de la famille pour vivre l'ultime étape tout en voulant conserver l'espoir.
     Nous assistons à l'évocation des souvenirs d'enfance, de jeunesse. La famille aujourd'hui éclatée et éloignée se recompose au gré de la mémoire.
     Les enfants n'ont pas tous eu le même rapports avec leurs parents, leur mère. L’introspection se fait douloureuse.
     Il est bien sûr question de secrets et les secrets de famille sont toujours douloureux. Que cachait cette mère finalement, pourquoi cette route le jour de l'accident.
     En dehors de la question de l'euthanasie qui traverse le roman d'une façon essentielle par son côté légal et moral,  le thème de l'enfance reste puissant.
     C'est un très beau roman dont la fin inattendue donne force et originalité à l'histoire de cette famille.
     Beaucoup de mélancolie aussi devant la fuite du temps, les souvenirs nous touchent.
     L'auteur n'a pas situé la ville, juste une montagne, un lac et le casino de la ville... comme pour rendre l'histoire plus vraie encore. Le lecteur imagine..c'est bien.
     Un premier roman très réussi à l'écriture précise sans tomber dans le mélodrame.
     A lire bien sûr.
Charlotte Pons - Parmi les miens -Editions Flammarion -  Parution le 23 Août 2017 - 190 Pages - 18 €

vendredi 21 juillet 2017

Paolo Cognetti : Les huit montagnes

     Lauréat du prestigieux Prix Strega, l'équivalent italien de notre Goncourt national, Paolo Cognetti, jeune auteur milanais écrit son premier roman et donne à la montagne, chère à son cœur, la force d'un personnage.
     C'est l'histoire d'un adolescent de 11 ans, Pietro, un garçon de la grande ville, Milan. Avec ses parents, il séjourne pour les vacances à Grana, un petit village au cœur de la vallée d'Aoste. Sa mère est infirmière et son père chimiste. Leur passion commune de la montage et de ses paysages grandioses les a fait se rencontrer, se marier et les réunit encore.
     Le père essaie de transmettre à son fils l'amour de la montagne, de la marche, de l'altitude, c'est un homme très solitaire déphasé du monde dans lequel il vit.
     C'est pendant un été que Pietro va faire la connaissance de Bruno, le garçon de la montagne qui vit dans ce coin perdu, prends soin des animaux et travaille dur.
     Enfant sauvage et attachant, il se rapproche de cette famille aimante. Tout les sépare et pourtant  cet été voit naître une belle amitié qui ne se démentira pas malgré la distance et le cours de la vie.
     Paolo Cognetti, avec une écriture limpide et un ton qui se rapproche de l'autobiographie, nous transporte dans la vie sauvage dans les hauts sommets à plus de 2000 m d'altitude. Il nous fait vivre les secrets des forêts de montagne, les glaciers majestueux et dangereux, cette nature hostile et attirante.
     A travers une quête de soi mais aussi de la nature, il nous raconte le roman de l'enfance, la difficulté de la transmission, de la parole donnée et de notre place tout simplement dans le monde.
     Merveilleux roman, puissant et poétique où l'hymne à cette montage nous alarme des dangers qu'elle encourt parce que trop belle, l'homme arrive à la détruire sans la comprendre.
     Un coup de cœur à découvrir absolument.
Paolo Cognetti - Les huit montagnes - Editions Stock - traduit de l'italien par Anita Rochedy - 304 Pages - 21.50 € Parution le 22 Août 2017 -     

dimanche 9 juillet 2017

Pascal Voisine : Mon gamin

    Pascal Voisine, réalisateur, a travaillé sur un tournage dans un hôpital psychiatrique et a été très touché par cet univers si particulier.
    Cette expérience lui a inspiré son tout premier roman, "Mon gamin", où il met en scène des personnages attachants vibrant sur le fil de l'émotion et de l'humanité.
    40 ans après l'avoir quitté, Thierry revient dans son village natal pour les obsèques de sa belle-mère. Il est devenu un chanteur célèbre sous le nom de Marc Adler. 
    Et il se souvient. Été 1977, 14 ans, le dernier été de l'insouciance.
    Orphelin de mère, Thierry vit seul avec son père qui est le directeur du centre psychiatrique du petit village où ils résident.
    Très vite son père se remarie avec une toute jeune femme de 22 ans et Thierry est  ébloui par le charme solaire de sa jeune belle-mère, Emelyne.
    Passionné de musique, il passe ses journées à enregistrer des vinyles sur des cassettes de magnétophone en rêvant de gloire.
    Sinon il se balade avec son copain d'enfance, Francis, un résident du centre qui lui voue une amitié sincère et dévouée, et le surnomme "mon gamin".
    Cet été 1977,  le monde de la  musique est en deuil suite à la disparition d'Elvis Presley et c'est aussi le monde de Thierry qui bascule quand il surprend sa jolie belle-mère avec l'infirmier du centre où travaille son père.
    Aujourd'hui, Thierry veut comprendre ce qui s'est passé et replonge dans ces moments tragiques qui ont entraîné sa fuite.
    Dans une écriture pleine de nostalgie, l'auteur nous parle de l'enfance perdue, de la violence qui emporte tout, de secret et d'amour mais aussi de la différence.
    C'est un roman qui nous parle d'abnégation et le texte en devient lumineux.
    Premier roman et auteur à découvrir.
Pascal Voisin - Editions Calmann Levy - Sortie 16 Août 2017 - 239 Pages - 17.50 €


mercredi 5 juillet 2017

Jeanne Benameur : L'enfant qui

     Avec ses mots et son phrasé d'une grande poésie, Jeanne Benameur nous raconte ici l'histoire de l'enfance meurtrie et un espoir qui se dessine.
     Dans un texte court, écrit à la deuxième personne, l'auteur parle à trois personnages et raconte : père, enfant et grand-mère, souffrant de l'absence d'une femme, la mère et l'épouse mais surtout l'étrangère.
     Rempli de l'absence, du manque d'un être cher, du besoin de transmission et de la quête des racines, ce récit nous plonge dans une nostalgie proche de la souffrance.
     Jeanne Benameur aime à faire marcher ses héros sur des chemins difficiles, ceux que la vie offre mais aussi ceux que l'on prend par accident.
     Les non-dits et les silences sont puissants et permettent de s'interroger et d'approcher une certaine vérité.
     Le père qui a vécu l'étincelle inattendue en rencontrant cette femme étrangère au village. Depuis qu'elle est partie en lui laissant l'enfant, il boit, il crie, il souffre.
     L'enfant ne parle pas, ses mots sont silencieux. C'est dans le silence de l'absente qu'il retient sa mère et son besoin de liberté.
     La grand-mère, elle, ne prie plus, elle protège son petit-fils uniquement.
     A travers ces rois héros, forts de manque et tendresse contenue, l'auteur nous livre une réflexion sur l'absence et le travail de deuil. Il n'y a pas de réponse mais des questionnements profonds à travers un merveilleux troublant. Une plongée dans les cœurs.
     Le tutoiement utilisé par l'auteur peut dérouter, mais il permet d'expliquer aussi et de se rapprocher des personnages.
     Le lecteur peut être frustré par cette brève lecture mais Jeanne Benameur aime laisser les silences  parler et conter à fleur de peau.
     A relire pour connaître cette auteure magnifique, "Les demeurées" (et d'autres) dans ce blog le 17 décembre 2008.
Jeanne Benameur - L'enfant qui - Editions Actes Sud -  128 Pages - 13.80 €
     

jeudi 29 juin 2017

Jay McInerney : Les jours enfuis

     Pour la troisième fois Jay McInerney réunit son couple préféré de New-Yorkais, Russel et Corinne Dalloway, et établit avec précision un état des lieux  de leur vie à l'aube de la cinquantaine et de la ville de New-York.
     Fin 2007, New-York vit dans la fièvre des élections Clinton-Obama et le début de l'implacable crise des subprimes. C'est une ville toujours meurtrie par le 11 Septembre. L'ambiance n'est vraiment plus la même et Manhattan a changé.
     Fin 2007, le couple Dallowy est toujours solide, enfin en apparence. Russel est maintenant propriétaire de la maison d'édition où il était employé et se voit en éditeur libre.
     Corinne travaille dans une association humanitaire en cherchant et distribuant de la nourriture pour les pauvres.
     Ils vivent dans un loft à Tribeca  avec leur jumeaux de 11 ans et Corinne souhaite acheter une maison plus grande. De soirées mondaines en vacances dans les Hampton nous retrouvons le monde privilégié, superficiel et désenchanté que décrit si bien l'auteur depuis ses débuts. 
     Pendant que Corinne renoue avec un ancien amant, Russel essaie de sortir sa maison d'édition d'une situation financière plus que critique.
     A travers leur quotidien, l'auteur avec une écriture sagace nous montre un couple aux prises avec ses interrogations.
     Quels choix avons-nous fait ? Pourquoi sommes-nous arrivés à ça ? Que nous reste-t-il à vivre ?
Les hommes ne sont pas très brillants, alcool et drogue comme toujours les aident à surmonter le temps qui passe et à vivre de nouvelles aventures, amoureuses et financières.
     Quant aux femmes, elles sont un peu égratignées aussi, aimant le luxe, l'argent et le botox. Peut-être un peu réducteur...
     Tout est très bien mené. Mais ce que j'aime chez cet auteur c'est l'amour inconditionnel qu'il porte à New-York. La ville est là, tout le temps; on la sent, elle vibre et nous émeut.
     C'est un livre étonnant parce qu'il nous raconte l'histoire d'une ville, d'une époque à travers des personnages attachants.
     Beaucoup de nostalgie dans ce temps que l'on ne peut rattraper et l’innocence qui est perdue à tout jamais.
Jay McInerney - Les jours enfuis - Editions de l'Olivier - Traduit de l'Américain par  Marc Amfreville-  493 Pages - 22.50 €
     

dimanche 25 juin 2017

Tom Cooper : Les maraudeurs

     Tom Cooper dans son brillant premier roman, nous décrit dans les détails, les portraits de personnages tous plus déglingués les uns que les autres vivant à Jeannette, un coin perdu de Louisiane. Signé 100 % bayou, on est loin du folklore touristique cajun.
     5 ans après le ravage du cyclone Katrina, la population meurtrie essaie de se reconstruire et d'adoucir ses plus profondes blessures.
     Au cœur du bayou, dans la baie de Barataria, les survivants ont repris leur travail, la pêche aux crevettes et autres crustacés locaux. Mais le sort s'acharne à nouveau sur eux alors qu'une marée noire, provoquée par un accident sur une plateforme pétrolière dans le golfe du Mexique, envahit et pollue les eaux.
     Les voilà de nouveau acculés au malheur et à la misère, perdus dans un monde qui se délite face aux groupes pétroliers puissants aidés de leur compagnie d'assurance.
      L'auteur nous raconte une chronique sociale entre humour et drame humain, entre le thriller et l’inaccessible quête.
     Tous les personnages sont traumatisés à jamais par les derniers évènements, ils représentent aussi une population de pauvres qui triment dur et qui ne peuvent pas s'en sortir.
     Wes Trench est perdu depuis la mort de sa mère dans l'ouragan et en veut à son père, ils essaient pourtant avec beaucoup de maladresse de se retrouver.
     Les jumeaux Toup, complètement psychopathes, dont on redoute les apparitions, Hanson et Cosgrowe, deux personnages qui sont sur tous les mauvais coups, Grims l'agent d'assurances qui vient acheter le silence des "ploucs" et Linquist le flamboyant manchot à la recherche d'un trésor et d'autres tous plus abîmés , corrompus ou illuminés  hantent ce coin hostile et désespéré.
     Voilà, les maraudeurs, ils se débattent avec une enfance meurtrie, un passé saccagé et un présent plus que difficile. Gentils et méchants ensemble. 
     L'auteur nous décrit une atmosphère poisseuse, humide et repoussante. La faune n'est pas sympathique avec les serpents, les alligators, il faut faire attention où on pose les pieds, ça craque, ça pique, ça rampe dans ces marécages dangereux.
     Le lecteur est happé par la lecture de ce livre à l'écriture soutenue. Tom Cooper nous intrigue avec les aventures de ses héros aussi embrouillées que le bayou mais qui nous tiennent en haleine tant le style est maîtrisé.
      A ne pas rater, le passage avec la présence d'un crocodile pour intimider est très réussi;
Tom Cooper - Les maraudeurs - Editions Albin Michel - Traduit de l'Américain par Pierre Demarty - 416 Pages - 22 €