Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




mercredi 4 octobre 2017

Camille Laurens : La petite danseuse de quatorze ans

     Camille Laurens a choisi de mettre en lumière une sculpture de Degas, mondialement connue, La Petite Danseuse.
     Elle raconte dans cet opus  l'histoire de sa création et tout particulièrement de partir sur les traces du modèle.
     Exposée pour la première fois en 1811, cette oeuvre,en cire à l'origine, a scandalisé : trop vulgaire, trop affreuse, trop arrogante, trop...
     Amatrice et passionnée d'art, l'auteur parle des codes et critères de l'art, de ses normes et surtout d'une époque avec son contexte social, à travers cette oeuvre et son tout jeune modèle  .
     Elle s'appelait Marie, émigrée de Belgique avec sa famille fuyant une trop grande misère.
     Elle avait 14 ans et travaillait comme petit rat à l'Opéra Garnier. Marie qui souffre loin des paillettes, petit rat est un travail de forçat pour les enfants pauvres.
     Les coulisses nous montrent l'envers d'un décor où ces petites filles étaient malheureuses, exploitées et où la pauvreté est implacable.
     Marie a eu une vie de misère, les maigres revenus de la danse l'oblige à chercher d'autres ressources, prostitution mais aussi modèle dans les ateliers.
     Elle le sera pour Degas et deviendra La Petite Danseuse. A jamais.
     Ce qui est intéressant dans ce livre, c'est la recherche de l'identité de Marie dans les registres, elle est là fragile et seule. Qui était-elle, qu'est-elle devenue ?
     L'histoire émeut parce qu'elle est triste, cette sculpture que nous trouvons belle, nous gêne un peu par la souffrance du modèle.
     L'auteur nous emmène derrière le décor, derrière l'apparence et nous présente cette petite danseuse dans toute sa vérité. 
      Pour l'amour de l'art et de la danse, ces petites filles étaient offertes sans état d'âme.
      On s'interroge... Marie nous touche énormément.
      La lecture est assez prenante dans la première et dernière partie, dommage que les détails techniques plombent un peu l'élan avec beaucoup de références notées. Les allusions et comparaisons  familiales qui semblent chères à l'auteur semblent ici en trop.
Camille Laurens - La petite danseuse de quatorze ans - Editions Stock collection La Bleue - Parution 30 Août 2017 - 176 Pages - 17.50 €

vendredi 29 septembre 2017

Philippe Jaenada : La serpe

      En 1941, en pleine période de sombre occupation, un triple meurtre fait scandale.
      Dans un château du Périgord, à Escoire exactement, le père, la tante et la bonne sont massacrés à coup de serpe dans la nuit. Seul survivant de ce carnage, le fils, Henri Girard. Les détails troublants et compromettants portent sur lui et il est accusé des meurtres. En plus, il devient le seul héritier de l'immense fortune familiale.
     Condamné et acquitté, le ténor du barreau de Paris, Maurice Garçon le défend. Le meurtre reste non élucidé.
     Le jeune Henri Girard, enfant gâté et mal aimé, dilapidera la fortune familiale, partira loin, reviendra, sera écrivain, journaliste, militant politique et défendra toute sa vie les causes perdues ou non.
     Il publiera un livre qui lui vaudra gloire et fortune, Le salaire de la peur, et prendra le nom de Georges Arnaud.
     Henri Girard appartient à une famille très aisée, son père veuf très tôt, est archiviste auprès d'un ministre au gouvernement de Vichy. Il aime son fils mais a du mal à le lui montrer.
     L'enfant s'élève dans l'absence de sa mère, qui n'avait pas été acceptée par la famille. Une rancœur tenace s'ajoute à un probable mal être.
     Très intelligent, il affirme un caractère capricieux, colérique et méprisant. Il aime claquer l'argent qu'il ne gagne pas, il boit, fait la fête, se marie très tôt et mène une vie dissolue.
     Les derniers jours passés avec son père, la sœur de celui-ci et la bonne dans le château se termine par ce bain de sang.
     Tout dans cette histoire est prenant, d'abord ce crime non élucidé dans une famille riche, ensuite la période de l'occupation et les activités du gouvernement de Vichy et la personnalité de Henri Girard.
     Nous allons le suivre, le connaître, peut-être même lui trouver des circonstances atténuantes ou pas.
     Les personnages gravitent dans un monde tourmenté, les personnalités croisées sont célèbres.
     Philippe Jaenada a fait un travail remarquable de recherche, d'investigations.  Il mène une véritable enquête pour essayer de comprendre qui était Henri Girard.
     Mais l'auteur utilise une intrigue policière hautement diabolique pour se mettre en avant et partir dans des digressions personnelles et sans intérêt qui fatiguent. 
     Sa vie, sa femme, son fils, ses romans précédents, tout se mêle et donne une lecture qui sur la longueur devient rébarbative et n'en finit pas.
Philippe Jaenada - La serpe - Editions Julliard - Parution 17 Août 2017 - 648 Pages - 23 €



dimanche 24 septembre 2017

Nathan Hill : Les fantômes du vieux pays

     L'histoire se situe en 2011 où Samuel Andresen un jeune professeur de littérature à Chicago apprend par l'avocat de sa mère, Faye,  que cette dernière a agressé avec des petits cailloux le sénateur Packer, républicain, candidat à l'élection présidentielle. 
     L'avocat lui demande d'écrire une lettre attestant toutes les qualités de sa chère maman. Il est d'autant plus surpris qu'il ne l'a plus revue depuis 20 ans, un certain matin où elle a quitté la maison familiale.
     Samuel s'ennuie dans sa vie professionnelle et il espère toujours être un jour le grand écrivain qu'il a failli devenir. En attendant il s'adonne avec excès aux jeux vidéos en ligne où il est le roi des elfes, il est même vraiment très fort.
     Mais l'histoire de Faye, sa mère absente, peut lui être utile pour écrire enfin le livre que son éditeur lui réclame depuis longtemps, sinon Samuel est ruiné.
     Dans une écriture vive et remplie d'humour, l'auteur nous raconte l'histoire des Etats-Unis des années 1969 à 2011. Années sombres pour le rêve américain qui s’enlise dans une guerre au Vietnam dont la jeunesse révoltée ne veut pas et dans un patriotisme qui porte toujours le racisme dans son cœur.
     Ce sont ces années que Samuel va découvrir en menant l'enquête pour découvrir l'histoire de sa mère. Faye qui a vécu une enfance étouffante dans sa famille dans l'Iowa et qui rêvera d'études et d'indépendance à Chicago et qui malheureusement passera à côté de sa vie pour se rendre compte finalement que les plus beaux rêves s'arrangent avec la réalité.
     Le rapprochement entre mère et fils est difficile et la fin très habile et intéressante.
     Les personnages sont nombreux et porteurs de beaucoup de messages et de thèmes forts dans une Amérique au prise avec ses démons. 
     Beaucoup d'histoires se recoupent et peuvent déconcerter le lecteur, parce que pas toujours bien reliées, beaucoup de personnages aussi mais la lecture est intense.
     A la façon d'une enquête ,avec des rebondissements, nous remontons le temps et cherchons avec le héros à savoir qui était au juste cette femme et  qu'a été sa vie et sa quête pendant 20 ans.
     Un grand travail de recherche alimente ce premier roman, de plus de 700 pages, très ambitieux.
Nathan Hill - Les fantômes du vieux pays - Editions Gallimard, collection du Monde Entier - Parution 17 Août 2017 - Traduction de l'Américain par Mathilde Bach - 720 pages - 25 €


vendredi 15 septembre 2017

Jean-Luc Seigle : Femme à la mobylette

                                                     
     Jean-Luc Seigle nous présente une histoire femme, émouvante et belle héroïne blessée par la vie, élevant seule ses trois enfants.
     Son mari l'a quittée pour une autre, plus riche peut être plus belle. Elle est sans travail et se retrouve sans ressources, vivant dans une grande précarité, isolée et risquant de perdre la garde de ses enfants; seule point lumineux de son existence.
     Une description de la France pauvre, du bas, celle qu'on évite de regarder parce qu'elle représente notre plus grande crainte.
     Reine, c'est elle, cette femme un peu naïve, pas vraiment faite pour le monde qui l'entoure. Elle offre aux calamités qui s'abattent sur elle une foi dans l'amour qu'elle porte aux autres. Une femme ordinaire qui remplit son quotidien de poésie.
     Un jour dans un ultime sursaut de courage, elle vide les détritus qui encombrent son jardin, et trouve une mobylette bleue. C'est le déclic, un pas vers le travail, la liberté et pourquoi une autre vie.
     Un roman qui prend des allures de conte quand l'auteur décrit la rencontre amoureuse de Reine avec un homme, lui aussi en rupture d'existence.
     Il décrit là un amour sublimé avec la conscience de toute sa fragilité, entre rêve et réalité.
     Reine chevauche sa mobylette bleue, emportée telle une héroïne antique, mais le quotidien avec ses carcans, ses droits et devoirs reprennent le dessus. Alors Reine s'échappe, roule à n'en plus finir.
      Merci Jean-Luc Seigle de nous emporter aux confins de l'âme humaine, en l’occurrence celle d'une femme au prise d'un quotidien plus que banal. 
      Tout est dit avec une grande sensibilité et beaucoup de délicatesse. Le portrait de cette  femme échouée de la vie, nous reste à l'esprit longtemps après avoir refermé le livre.
Jean-Luc Seigle - Femme à la mobylette -  Editions Flammarion - Parution le 23 Août 2017 - 240 Pages - 19.90 €  


mercredi 13 septembre 2017

Nikos Kavvadias : Le quart

     Le quart représentent quatre heures que les marins passent, seul ou à deux, sur un bateau pour surveiller l'horizon et prévenir des dangers de la mer ou des collisions, afin d'éviter les naufrages.
     Quatre heures d'affilée de jour comme de nuit, où l'attente et la surveillance aiguisent la solitude de l'homme de mer et où les confidences jaillissent.
     Ce sont des histoires d'hommes qui se racontent et se chuchotent, se confient dans l'infini de la mer et des journées passées à bord.
     La nuit les mots deviennent lourds, se remplissent de toutes les vies croisées ou vécues, et accompagnent ces marins au cœur bien rempli.
     Il est question de femmes, de celles rencontrées dans des bouges du bout du monde, de celles déshabillées pour une nuit sans espoir de retour mais aussi de toutes celles qui manquent parce qu'elles sont loin à jamais .
     Les mots pour parler d'elles sont violents et parfois trop crus. Ces femmes, putes ou mères, sont malmenées par la vie et par les rencontres d'un soir. Pourtant il y a de l'amour dans ces bras qui étreignent, dans les regards portés au bout de la nuit.
      Ces souvenirs racontés à ces heures toutes particulières sont au coeur même de l'humain. Il y a beaucoup de force de vérité dans la description de la houle et du mal de mer qui ravage, la chaleur nous fait suffoquer dans les cales.
     Surprenant récit d'un auteur poète, marin lui aussi, unique roman publié par Nikos Kawadias dans les années 50.
     Il connaît la mer et la vie sur ces cargos, les départs vers les villes du bout du monde où les marins ne connaissent que les ports.
     Hommes, vrais mais broyés dans leur solitude et dans les nuits sans fin à se raconter des
aventures remplies de femmes et de petite vérole.
     Un texte difficile à lire, parce qu'à la fin les mots sont dits sans savoir à qui ils sont adressés ni qui les prononce. Le récit va au-delà, on se laisse porter et on écoute, il nous parle.
      C'est un hommage vibrant à l'homme et à sa condition et c'est entre le récit et la fiction, une expérience de lecture rare.
Nikos Kavvadias - Le quart - Editions folio - parution 1954 - Traduit du grec par Michel Saunier - 339 Pages - 8.20 €
  

vendredi 8 septembre 2017

Margaret Atwood : La servante écarlate

     Le roman de Margaret Atwood, écrit en 1985,  plonge le lecteur dans une société américaine où le pouvoir est tombé entre les mains de fanatiques religieux, annihilant toute liberté et imposant aux femmes une vie de soumission et surveillance absolue en raison d'un manque de natalité dans la population.
     Livre dystopique, il dépeint une dictature à son paroxysme où la délation, la propagande, les arrestations et les exécutions installent une peur constante.
     La mise en place du régime totalitaire crée des castes, des codes , des tatouages pour identification. Le régime casse, sépare, soumet.
     Les servantes toutes habillées de rouge, jeunes femmes conditionnées et éduquées pour devenir des mères porteuses sont à la disposition des Commandants, hommes de pouvoir, de tous les pouvoirs et de leurs  Epouses.
     Et puis il y a les autres, tous les autres qui ne servent plus à rien et que l'on oublie, élimine, condamne, tue.
     Defred fait partie de ces servantes, anéantie de soumission et d'effroi. Elle se sait dans l'attente de porter un enfant, seule condition de survie.
     Nous assistons à son quotidien figé dans le silence, cerné de menaces et d'ennui face aux inéluctables tâches et à l'impossible espoir de changement de vie.
     Defred, la narratrice, nous raconte son histoire et se souvient de son couple et de sa petite fille, des études entreprises, des amis. Tout est perdu, que sont ils devenus ? Dernière génération encore porteuse de souvenirs d'avant, Defred porte en elle l'interdit et dans sa tête la dernière liberté.
     Elle nous fait voir un passé où la société se perd dans une trop grand libéralisation des mœurs, où les échanges humains sont salis par le racisme et où on assiste à l'ascension de faux dévots. Le tout sur fond de changement et de drames climatiques....
     C'était le temps où le monde "ignorait qu'il était heureux", c'était avant la chute et le chaos.
     Le livre de Margaret Atwood, nous transporte au-delà d'un roman de science fiction. Avec une glaçante justesse, elle crée une société où toutes les valeurs ont basculé mettant les femmes sans possibilité de choix de vie.
     C'est un récit qui fait peur et qui nous amène à réfléchir. Les situations de violence, de guerre, d'extermination nous rappelle les heures sombres de notre histoire et fait écho malheureusement et effroyablement à notre actualité présente.
Margaret Atwood - La servante écarlate - Editions Laffont Pavillons Poche 2017 - Traduit de l'américain par Sylviane Rue - 544 Pages  - 11.50 €

     
      


Paula Hawkins : Au fond de l'eau

     "Au fond de l'eau", le second et dernier roman très attendu de Paula Hawkins (La fille du train, dans le blog) est un thriller sur fond de drame familial.
     Julia, il faut l'appeler Jules, revient au pays suite à l'annonce du décès de sa sœur Nel avec laquelle elle était fâchée depuis de nombreuses années. Nel laisse Lena, une jeune adolescente très perturbée par la mort brutale de sa mère d'autant plus que sa meilleure amie a disparu aussi dans la rivière quelques mois plus tôt.
     Nel est morte noyée et certains éléments laissent à penser à un suicide.
     L'ambiance très particulière de cette petite bourgade anglaise, Beckford, là où coule une rivière nous saisit dès les premières pages.
     L'eau est partout dans la ville, et la rivière devient le personnage clef de l'histoire, il y a même le bassin aux noyées qui alimente de nombreuses histoires plus ou moins vraies, plus ou moins effrayantes.
     Pourtant, la rivière et l'eau ne l'effrayaient pas, elle nageait tous les jours et étaient en train d'écrire un livre sur toutes les histoires de ces femmes noyées...
     Chaque chapitre est consacré à un protagoniste de l'histoire et de Beckford, où tout le monde se connaît, s'épie et se raconte.
     Ils sont nombreux à prendre la parole et à parler des événements récents et anciens. Secrets de famille, secrets d'amour, douloureuse violence familiale, tout est prétexte à instiller un malaise opaque et étouffant.
     Chaque famille panse ses blessures et les non-dits reviennent hanter les lieux, la rivière coule toujours mais renferme aussi les tourments de chacun.
     C'est un livre qui se lit facilement et qui est prenant par son ambiance et par les personnages, ceux qui restent au pays et qui portent la douleur du souvenir.
     Ce roman choral peut toutefois dérouter le lecteur par le nombre important de personnages et de témoignages. Chaque chapitre est consacré à une personne du village, mais c'est court à chaque fois et le lecteur avance facilement.
     Les détails nombreux et la construction du roman participent sans doute à l'anticipation de la découverte de l'énigme mais la lecture reste très agréable.
     Un bon roman à découvrir.
Paula Hawkins - Au fond de l'eau - Editions Sonatine - Traduit de l'Anglais par Corinne Daniellot et Pierre Szczeciner - 407 Pages - 22 € - Rentrée littéraire 2017