Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie épanouie

Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara...




dimanche 25 juin 2017

Tom Cooper : Les maraudeurs

     Tom Cooper dans son brillant premier roman, nous décrit dans les détails, les portraits de personnages tous plus déglingués les uns que les autres vivant à Jeannette, un coin perdu de Louisiane. Signé 100 % bayou, on est loin du folklore touristique cajun.
     5 ans après le ravage du cyclone Katrina, la population meurtrie essaie de se reconstruire et d'adoucir ses plus profondes blessures.
     Au cœur du bayou, dans la baie de Barataria, les survivants ont repris leur travail, la pêche aux crevettes et autres crustacés locaux. Mais le sort s'acharne à nouveau sur eux alors qu'une marée noire, provoquée par un accident sur une plateforme pétrolière dans le golfe du Mexique, envahit et pollue les eaux.
     Les voilà de nouveau acculés au malheur et à la misère, perdus dans un monde qui se délite face aux groupes pétroliers puissants aidés de leur compagnie d'assurance.
      L'auteur nous raconte une chronique sociale entre humour et drame humain, entre le thriller et l’inaccessible quête.
     Tous les personnages sont traumatisés à jamais par les derniers évènements, ils représentent aussi une population de pauvres qui triment dur et qui ne peuvent pas s'en sortir.
     Wes Trench est perdu depuis la mort de sa mère dans l'ouragan et en veut à son père, ils essaient pourtant avec beaucoup de maladresse de se retrouver.
     Les jumeaux Toup, complètement psychopathes, dont on redoute les apparitions, Hanson et Cosgrowe, deux personnages qui sont sur tous les mauvais coups, Grims l'agent d'assurances qui vient acheter le silence des "ploucs" et Linquist le flamboyant manchot à la recherche d'un trésor et d'autres tous plus abîmés , corrompus ou illuminés  hantent ce coin hostile et désespéré.
     Voilà, les maraudeurs, ils se débattent avec une enfance meurtrie, un passé saccagé et un présent plus que difficile. Gentils et méchants ensemble. 
     L'auteur nous décrit une atmosphère poisseuse, humide et repoussante. La faune n'est pas sympathique avec les serpents, les alligators, il faut faire attention où on pose les pieds, ça craque, ça pique, ça rampe dans ces marécages dangereux.
     Le lecteur est happé par la lecture de ce livre à l'écriture soutenue. Tom Cooper nous intrigue avec les aventures de ses héros aussi embrouillées que le bayou mais qui nous tiennent en haleine tant le style est maîtrisé.
      A ne pas rater, le passage avec la présence d'un crocodile pour intimider est très réussi;
Tom Cooper - Les maraudeurs - Editions Albin Michel - Traduit de l'Américain par Pierre Demarty - 416 Pages - 22 €

   

samedi 24 juin 2017

Jay McInerney : Bright Lights, Big City

    

      C'est le premier roman de l'écrivain iconique de la Brat Pat, mouvement littéraire des années 80 dans une Amérique flamboyante. Il peut être lu sous un autre titre  : "Journal d'un oiseau de nuit".  
     En 1984, ce roman de toute une génération est devenu culte. Avec Bret Easten Ellis, Jay Mc Inerney représente ces auteurs étincelants, arrogants et brillants qui dans la folie des nuits new yorkaises ont cru un moment aux lendemains qui chantent.
     Ici, l'auteur met en scène un jeune new yorkais de 27 ans, correcteur dans un magazine où il s'ennuie à mourir, à un moment compliqué de sa vie.
     Sa mère est morte un an plus tôt et sa femme Amanda devenue mannequin a repris sa liberté.
          On va le suivre dans ses journées et ses nuits dans les clubs de Manhattan, accompagné un ami, il va de rencontre en rencontre, entre lignes de coke, alcool et sexe, tout pour tout oublier.
     Certains passages sont plein d'humour pour les situations improbables vécues par le héros, et le lecteur se rend compte de sa grande solitude au fil du récit.
     L'ambiance des années 80 dans les lieux branchés quand des jeunes nantis désabusés s'ennuient et se plaignent de leur pauvre vie dorée peut faire sourire ou agacer.
     A l'époque la lecture de cet état des lieux d'une jeunesse en perdition avait choqué.
     Aujourd'hui le regard et la lecture sont différents, d'autres auteurs et d'autres romans sont allés très loin dans les descriptions d'une certaine décadence.
     Ici la grande originalité est la narration à la deuxième personne. Le "tu" interpelle, interroge et claque. La proximité du héros est plus évidente et sa compréhension aussi. Le "tu" permet au lecteur un rapprochement où humour et cruauté se mêlent.
     Témoin d'une époque révolue, Jay Mc Inerney nous plonge dans un roman où la ville est présente, les descriptions qu'il en fait montre qu'il y est très attaché. En tout cas il offre à ce roman de la désillusion une très belle fin.
      Un bon roman, rien de choquant même si l'écriture est acérée. Bret Easton Ellis est plus percutant et brutal.
      A lire, bien sûr.
Jay Mc Inerney - Bright Lights, Big City - Editions de l'Olivier - Traduit de l'Américain par Sylvie Durastanti - 192 Pages - 9.10 €
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vendredi 23 juin 2017

Alejandro Palomas : Une mère

     Parce que dans toutes les familles il y a "quelques lueurs et beaucoup de zone d'ombre", Alejandro Palomas s'empare de l'incontournable repas de famille et nous invite à un réveillon du Nouvel An,  à Barcelone.
     Amalia, 65 ans, divorcée depuis 3 ans reçoit chez elle ses enfants Fernando le fils, le confident, ses 2 filles, Sylvia, qui comme d'habitude vient sans son mari et Emma,  accompagnée d'Olga sa compagne, bourrée de certitude. Sera de la fête Eduardo, le frère d'Amalia, l'oncle éternel séducteur et célibataire.
     Quittée par un mari infâme et escroc, la mère savoure sa liberté. Très maladroite en raison d'une importante cécité (64 %), Amalia s'éparpille, parle beaucoup, d'une grande naïveté, elle se fait souvent avoir au grand désespoir de ses enfants.
     Mère et fils attendent les invités et préparent la table en mettant le 7ème couvert celui de l'absent, de tous les absents.
     La voix est donnée à Fernando, amoureux malheureux abandonné par son ami. Il raconte jusqu'au bout de la nuit l'histoire de sa famille.
     Entre passé nostalgique et présent difficile, il nous fait découvrir les failles que chacun porte et cache en lui.
     La communication entre eux ou plutôt son absence est douloureuse, empreinte de non-dits et de lourds secrets. L'attitude de la mère, entre insouciance et inconscience, les agace.
     Donc le livre commence tranquillement pour acquérir profondeur et intensité. L'auteur nous dépeint le portrait d'une vraie mère, d'une louve, Amalia personnifie l'amour maternel et le texte gagne en gravité.
     Les sujets abordés sont douloureux et complexes et ce qui lie cette famille à part l'amour c'est une dose d'humour incroyable et là ça marche complètement.
     Tous les protagonistes de cette nuit, à leur manière, par le parcours cabossé de leur vie, sont attachants et nous émeuvent.
     Un personnage, qui n'est pas invité mais que l'on entend souvent au téléphone c'est Ingrid, meilleure amie d'Amalia et reine de reïki, donne ici le ton de l'humour décalé.
     Une chose m'a attirée dans ce livre,  c'est la couverture délicieusement colorée faisant référence à Almodovar, et je n'ai pas été déçue. 
     A lire absolument, parce qu'on a tous eu des repas de famille....
Alejandro Palomas - Une mère - Editions du Cherche-Midi - Traduit de l'Espagnol par Vanessa Capieu - 320 Pages - 21 €




dimanche 28 mai 2017

Eric Vuillard : L'ordre du jour

     Avec un récit bref et précis, Eric Vuillard, nous donne à penser sur le rôle de l'écrivain face au passé et à l'Histoire. Comment dire, écrire, raconter. 
     "La littérature permet tout", aussi l'auteur va faire revivre sous nos yeux et d'une façon saisissante les rencontres politiques et diplomatiques qui ont eu lieu entre 1933 et 1939 et ont permis d'installer la folie nazie, doctrine qui a enflammé l'Europe. 
     Elles se sont déroulées sous les yeux des allemands, des gouvernements européens, conciliants, jamais dupes en tout cas.                   L'envers de notre Histoire, la vraie.
     La première rencontre se passe à Berlin le 20 Février 1933, un jour normal. Une date pas vraiment retenue. Et pourtant ce jour là, les 24 représentants des plus grandes industries allemandes sont invités par Göring, Président du Reichstag, à rencontrer Hitler. Grâce à leur soutien financier, des entreprises familiales vont permettre au parti nazi de triompher. 
     Jamais inquiétées, ni pendant ni après la guerre, ces industries toujours familiales existent et perdurent.
     Vuillard sait d'une façon précise raconter le principal, l'essentiel qui a échappé sur le moment et nous glace en le lisant.
     20 Novembre 1937, une rencontre hallucinante où Göring invite Lord Halifax qui joue la diplomatie conscient que l'avenir de l'Europe est sombre mais le moment est agréable, entre gens qui aiment le bon vin et les parties de chasse.
      D'autres repas mondains, d'autres rencontres diplomatiques se passeront  dans les salons et même au  10 Downing Street et rien n'empêchera la fureur de s'abattre sur l'Europe.
      Un livre intense qui nous prend aux tripes parce qu'on se trouve au cœur de l'Histoire et on prend conscience que l'indifférence, l'ignorance et les accommodements ont toujours installé le mal.
Eric Vuillard - L'ordre du jour - Editions Actes Sud -  150 Pages - 16 €

samedi 27 mai 2017

Maggie O'Farrell : Assez de bleu dans le ciel

     Maggie O'Farrel construit dans son dernier roman une étonnante mosaïque familiale et  colorée de personnages attachants et nous promène dans le temps sur 3 générations et sur plusieurs continents et pays. 
     Dépaysement total et lecture passionnante sur l'amour, le couple, les enfants et la solitude, celle que l'on vit parfois au milieu des autres. 
     Le point central c'est l'Irlande, magique et envoûtante, dans un lieu improbable occupé par une curieuse maison et un couple tourmenté, loin de tout.
     Daniel est un brillant linguiste, charmant, portant déjà des souvenirs pesants, elle, c'est Claudette une ex-star de cinéma, qui volontairement au faîte de sa gloire a tout quitté pour vivre dans ce coin perdu avec son petit garçon. C'est la rencontre des contraires, ils se marient et ont deux enfants.
     Mais le passé rattrape Daniel, alors qu'il doit se rendre à New-York visiter son père malade.
     Un amour ancien où la culpabilité et les non-dits vont venir perturber son existence et poser une ombre sur son couple.
     Daniel peut perdre beaucoup dans cette recherche du paradis perdu.
     L'histoire ou plutôt les histoires sont étonnamment bien menées, chaque chapitre titré indique le lieu et la date ainsi que le nom du personnage à qui l'auteur donne la parole. Il explique un moment de vie, un instant capital de son existence où les choses ont basculé. La chronologie n'est pas importante. 
     Les épisodes s'enchaînent et le lecteur comprend, analyse le comportement et la psychologie des protagonistes. C'est leurs vies que l'on voit défiler et l'auteur par son écriture subtile et profonde nous touche par la finesse de son analyse sur l'amour, le mariage et le pardon.
     C'est un très beau roman rempli de drames et d'humour. A lire.
Maggie O'Farrel - Assez de bleu dans le ciel - Editions Belfond - Traduit de l'anglais (Irlande) par Sarah Tardy - 496 Pages - 22 € 


jeudi 25 mai 2017

Tanguy Viel : Article 353 du Code Pénal

     L'article 353 du code pénal donne la possibilité aux juges de se fier à leur intime conviction plus qu'aux preuves, article que le juge utilisera dans  ce roman captivant où souffle une tension très soutenue.
     Années 90 dans le Finistère. Martial Kermeur est un ancien ouvrier de l'arsenal de Brest au chômage. C'est un brave homme mais il s'est fait avoir par Lazenec, un promoteur immobilier, et a tout perdu dans un investissement immobilier sensé rapporter gros aux habitants de la ville. C'était une arnaque, et sa femme le quitte, son fils porte sur lui un regard critique et Martial s'enfonce.
     Un jour, il invite Lazenec à une partie de pêche en mer, il le pousse à l'eau. Il vient de commettre un crime.
     Face au juge, il raconte, remonte le fil de sa vie, explique, analyse, regarde la vérité, constate l'inévitable fin. Le flot des mots, la parole donnée, chamboulée, nous happe littéralement.
     Une parole de taiseux devant un  juge qui écoute, questionne de temps en temps et relance la confession par des mots légaux, ceux du code pénal.
     C'est un face à face bouleversant tant  les aveux sont intimes. L'accusé parle en son âme et conscience, de la manipulation, des affronts subis, du mal fait pour toujours à sa famille.
     Le livre questionne sur de nombreux sujets, politiques, sociaux, juridiques bien sûr. Il raconte aussi la Bretagne frappée par le chômage. L'univers de ces hommes courageux et touchants qui se livrent  certains soir la boisson aidant.
     Tanguy Viel nous peint la Bretagne et la précision de ses descriptions est surprenante. La rade de Brest est détaillée avec justesse, il en fait un personnage.
     L'humour se mêle au récit du quotidien de gens simples et nous écoutons la parole libérée de Martial.
     C'est un récit fort, l'auteur nous met presque à la place du juge silencieux qui pousse Martial dans ses mots, le fouille au plus profond de son âme.
     Nous vivons un moment de vérité intense, l'histoire est intime, resserrée. Il y a eu une arnaque , c'est vrai mais de là à tuer un homme.
     Alors le juge prend la parole à la fin....
     Un très bon livre.
Tanguy Viel - Article 353 du Code Pénal - Les  Editions de Minuit - 176 Pages - 14.50 €

vendredi 19 mai 2017

Dario Franceschini : Ailleurs

     Dario Franceschini, ministre de la culture en Italie est aussi un écrivain. Découvert avec son magnifique et intense ouvrage, "Dans les veines, ce fleuve argent"(dans le blog du 18 novembre 2013), j'avais hâte de retrouver le charme de son écriture magique.
     La vérité et le mensonge étroitement liés, façonnent l'existence d'une famille de notables respectés, notaire de père en fils.
     Se sentant près de la mort, le notaire Ippolito Dalla Libera, convoque son fils unique, Iacopo, notaire lui aussi. Il lui révèle le secret de sa vie ainsi que sa dernière volonté : voir une fois réunis ensemble auprès de lui les 53 enfants qu'il eus dans sa vie d'homme infidèle en dehors de son respectable mariage.
     Commence alors pour Iacopo, la découverte des amours cachées de son père dans le même quartier de Ferrare, celui des prostituées et des voleurs.
     Un monde nouveau s'ouvre pour le fils, sur l'autre rive du Pô, un monde bouillant et coloré, un monde tumultueux et chaleureux, une vie intense, insoupçonnée.
     Une femme va le conduire et le plonger, lui le notaire sérieux, le mari fidèle dans la plus délicieuse transgression.
     Et là, le roman s'illumine de mille feux.
     Franceschini joue avec les mots, avec l'intense. Les paysages nous captivent, la volupté nous chavire, la découverte de l'interdit  séduit et le désir embrase.
     Dans une langue suave et délicate, l'auteur nous montre que l'insensé est possible et que le désir  peut encore survenir.
     Le héros nous touche par l'homme nouveau qu'il devient et par la volonté de continuer sur les chemins qu'il a toujours évités en abandonnant le passé.
     L'Italie est sensuelle dans toute sa beauté.
     Un excellent moment de lecture, ici les âmes sont belles, alors ça fait du bien, forcément.
Dario Franceschini - Ailleurs - Editions Gallimard, Collection l'Arpenteur - traduit de l'italien par Chantal Moiroud - 240 Pages - 19 €