Non, je n’oublierai jamais la baie de Rio

La couleur du ciel le long du Corcovado

La Rua Madureira, la rue que tu habitais

Je n’oublierai pas pourtant je n’y suis jamais allé



vendredi 4 mai 2018

Celeste Ng : La saison des feux

     L'histoire se passe à Shaker Heights, la banlieue très huppée de Cleveland et débute par l'incendie de la maison des Richardson.            Une famille emblématique du quartier puisque les grand-parents en ont été les résidents fondateurs.
    Les familles appartiennent à  une sorte de communauté, répondant à beaucoup de codes et de règles. Elles sont les purs produits de cette Amérique si puritaine.
     Et madame Richardson est très fière de sa famille nombreuse et aime s'attribuer des sentiments généreux et bien pensants.
     Mais les apparences, on le sait, sont souvent trompeuses.
     Quand  Mia, artiste et bohème, et sa fille de 15 ans Pearl posent leurs valises dans le quartier, elles éveillent bientôt curiosité et nouveauté.
     Par leur façon de vivre et de penser, et en devenant proches des Richardson, chacune des vies des protagonistes va être bouleversée à jamais.
     Céleste Ng nous fait pénétrer avec beaucoup d'aisance au cœur de ces familles où tout est dans la norme avec une vie qui se doit d'être planifiée.
     L'intrigue est menée habilement, l'auteur signe là  une comédie de mœurs avec beaucoup de femmes très différentes et sincères dans leur combat.
      Secrets, calomnies et mensonges dans un roman qui n'est pas vraiment un thriller mais dont la lecture est agréable.
     C'est aussi un état des lieux d'une certaine Amérique  ainsi qu'une critique sociale d'un pays ballotté par son histoire mais comme pour l'écriture de son roman, l'auteur reste dans les normes.
    Celeste Ng - La Saison des feux - Editions Sonatine - Traduit de l'Américain par Pointreau - 384 Pages - 21 €

dimanche 8 avril 2018

Philippe Djian : A l'aube

Dans son dernier roman "A l'aube", Philippe Djian réussit à captiver le lecteur dans un exercice de style très particulier, celui de l'absence de ponctuation. 
Juste un point et à la ligne et nous sommes projetés en plein cœur de l'action, bousculés et quelque peu désorientés, mais l'histoire se construit et l'univers familier et crépusculaire de Djian est là. 
Sur la côte est des Etats-Unis près de Nantukeckt.
A la mort  par accident de la route de ses parents et après 15 ans d'absence, Joan revient vivre avec son jeune frère, Marlon autiste.
Ses parents, Gordon et Suzan  étaient des intellectuels et activistes très convaincus. Chacun collectionnait amants et maîtresses et avait une façon bien particulière de s'enrichir. Ils étaient plutôt des parents absents.
Joan a quitté la maison à 18 ans et travaille depuis comme escort-girl dans la boîte d'une amie de ses parents, Dora.
Elle renoue avec Howard ancien amant de sa mère qui veut récupérer certaines choses dans la maison familiale.
John, le shériff  et ami de la famille, surveille tout ce petit monde et use parfois de son autorité professionnelle pour arranger certaines affaires. Mais rien n'est simple pour lui dans sa vie avec sa femme et son nouveau bébé.
Et rien n'est simple pour aucun des personnages de ce roman construit comme un thriller particulier puisque le dénouement arrive en milieu de livre avec une suite six mois après et une fin inattendue mais combien surprenante.
Comme à son habitude l'auteur nous décrit une galerie de personnages tous plus déglingués les uns que les autres. Ils vivent des double vies et possèdent des passés troublés, ils se retrouvent souvent hors la loi à la limite de tout, et n'arrivent pas à s'en sortir.
Bizarres et glauques ils nous choquent et nous sommes prêts à les condamner pourtant on n'y arrive pas parce que malgré leur vie embrouillée, leur existence borderline, ils restent profondément humains. Attachants dans la recherche de l'amour et d'une certaine vérité.
Djian arrive toujours à mêler l'improbable et l'étrangeté à l'humanité d'un quotidien banal.
C'est bien construit, rapide, l'auteur est toujours dans la recherche d'une vision cinématographique et littéraire. Réussi.
Oui c'est un brin vulgaire et cru, drôle aussi et le mal être humain, à son apogée, nous interroge.
Philippe Djian - A l'aube - Editions Gallimard - Parution le 5 Avril 2018 - 189 Pages - 19 €

samedi 31 mars 2018

Gaëlle Josse : Une longue impatience

     C'est l'histoire d'un amour incommensurable, infini, celui d'une mère pour son fils.
     L'amour de toutes les mères, sentinelles de toutes les nuits pour attendre le retour de leur enfant.
     L'histoire se passe en Bretagne dans les années 50, Anne est veuve d'un marin. elle s'est retrouvée seule et sans moyen pour élever son fils, Louis.
     Elle se remarie avec Etienne, pharmacien, avec lequel elle aura deux autres enfants. Une vie nouvelle et ses promesses se dessinent enfin.
     Un jour à la suite d'une dispute très violente, le beau-père a un geste malheureux envers Louis.
     Ce dernier quitte la maison.
     Que dire de cette histoire ? Rien de plus. Tout est à découvrir,  les silences et les mots, le style de Gaëlle Josse, beau jusqu'à l'épure.
     Un court roman qui met en lumière une femme déchirée par l'attente, qui chaque jour note la fête et le repas promis au fils à son retour.
     Le portrait de cette mater dolorosa nous bouleverse tant elle reste digne et aimante dans son chagrin.
     Ses mots nous font vivre le manque, l'absence et l'attente qui n'en finit plus.
     Le paysage aussi est un personnage important, nous sommes avec Anne sur le petit chemin qui mène à sa maison sur la falaise, le vent, la nature, tout ici émeut.
     Retrouver Gaëlle Josse à chaque lecture, c'est entrer en émotion, c'est capturer un regard et être touché par la grâce.
     A lire absolument.
Gaëlle Josse - Une longue impatience - Editions Notabilia - Parution le 4 Janvier 2018 - 192 Pages - 14 €

dimanche 25 mars 2018

Sigriour Hagalin Bjornsdottir : L'île

     Un beau matin, l'Islande se réveille isolée du reste du  monde. Il n'y a plus de moyens de communications vers l'extérieur du pays et les avions ou bateaux qui sont partis ne donnent plus signe de vie.
     Sans connaître les explication de la cause de cet événement, et ce n'est pas l'intrigue de ce livre, le pays devra réviser son organisation et mettre en place des actions pour la survie même de sa population.
     Evidemment les Islandais vivent dans l'angoisse cet épisode traumatisant. Seuls au monde...
     L'absence du président de la république et du premier ministre en visite à l'étranger et sans nouvelles d'eux, le gouvernement installent des mesures basées sur l'utilisation des ressources du pays, visant le retour à la terre et et la valorisation de l'agriculture.
     Les personnages subissent cette situation catastrophique en voyant leur vie bouleversée à jamais. Mais en même temps, les combines et la corruption émergent et les islandais survivent dans un chaos agressif en développant un instinct de survie exacerbé.
     Que reste-t-il ainsi de nous et de nos valeurs, quand tout ce qui faisait notre vie, le bien-être, l'argent qui pouvait tout acheter n'existe plus ?
     Les personnages nous émeuvent et nous intriguent.
     Elin est la nouvelle ministre, jeune femme ambitieuse, elle se voit à la tête des plus hautes fonctions et responsabilités. Elle profite du système qui se délite en sachant que ça ne durera pas.
     Hjalti, journaliste vedette d'un quotidien,  est en charge auprès du nouveau gouvernement de communiquer des messages de confiance à la population afin d'éviter des débordements.
     Maria ancienne compagne d'Hjalti, musicienne et d'origine espagnole devient une paria, considérée comme une étrangère et une inutile.
     Ecrit dans un style délié et construit par chapitre donnant la parole à chacun des principaux personnages, ce livre captive par une certaine possibilité. 
      Beaucoup de thèmes nous font frémir et nous interpellent dans ce livre :la mise au ban des indésirables et des étrangers, le pouvoir qui reste toujours le but des politiciens, une violence qui s'installe insidieusement  et une société qui a encore des rêves de consommation .
       Ce livre est  très intéressant tant pour l'histoire de l'Islande que l'auteur nous fait découvrir que pour l'étude sociologique de tout un peuple dans une oeuvre fictionnelle assez réussie.
       La fin du livre est très émouvante, premier roman très fort à lire absolument !
Sigridur Hagalin Bjornsdottir - L'île - Editions Gaïa - Traduit de l'islandais par Eric Boury - Parution le 7 Février 2018 - 272 Pages - 21 €

vendredi 23 mars 2018

Raphaël Jérusalmy : La rose de Saragosse

      En 1485, au cœur de la cathédrale de Saragosse, l'inquisiteur de la ville est sauvagement assassiné.
      Le grand inquisiteur espagnol, Torquemada, sous les ordres du roi est chargé de découvrir les coupables. Dans la très catholique Espagne, il n'est pas question que le pouvoir religieux soit remis en cause. 
      Pour mener son enquête il fait appel à des "familiers", mercenaires s'offrant au plus généreux chargés par tous les moyens de trouver les meurtriers.
      L'un d'eux est Angel de la Cruz, ancien noble déchu, à l'allure aussi monstrueuse et féroce que son chien qui le suit comme son ombre.
      C'est alors que dans  la ville où les persécutions s'installent,  apparaissent des gravures caricaturant et ridiculisant Torquemada.             Bafoué et humilié, l'homme demande de trouver immédiatement l'auteur de ces publications anonymes. Pas de signature, juste une rose d'une très grande finesse.
      Angel de la Cruz procède à des recherches dans la ville, et à cette occasion il pénètre dans la maison familiale des Ménassé de Montesa, juifs convertis où il fait la connaissance de Léa.
     Tout oppose la jeune fille de famille, très cultivée et élevée dans l'amour de l'art et des livres et l'homme rustre et violent. 
      Pourtant ils partagent une même passion, celle du dessin et de la gravure particulièrement.
Mais qui est l'auteur de ces caricatures ?
      Raphaël Jerusalmy nous entraîne au temps de l'inquisition, époque troublée et sombre d'une Espagne qui se veut très catholique et qui entreprend une chasse sanglante des juifs convertis ou non.
      Le monde juif est très présent dans ce roman, et l'auteur  délivre ici un hymne à la liberté et à l'amour à travers l'art et la création artistique.
      L'écriture est fluide et la construction montre une épure qui rend le roman très intéressant.
      Dans un contexte historique très mouvementé, l'auteur place une histoire fiction totalement attachante. Les personnages sont vrais et portent en eux la flamme de leur conviction.
      A lire, pour le message qu'il délivre : préservons les artistes et leur art si fragile quand la société et les hommes deviennent fous.
Raphaël Jérusalmy - La rose de Saragosse - Editions Actes Sud - Parution Janvier 2018 - 192 Pages - € 16.50




lundi 12 mars 2018

Isabelle Carré : Les Rêveurs

     C'est le premier roman d'Isabelle Carré, celui d'une jeune femme et actrice lumineuse.Elle nous livre ici sa part d'ombre, un roman autobiographique d'une grâce infinie.
     C'est aussi le roman d'une adolescence qui prend pour cadre les années 70 et la folle insouciance. Isabelle Carré nous raconte ses parents, ses frères, nous dit avec une grande sincérité ses angoisses existentielles.
     Dans un appartement rouge aux décors improbables, la petite fille essaie de vivre auprès d'une mère absente et dépressive et d'un père artiste qui n'arrive pas à assumer son homosexualité.
     Une famille très singulière qui oublie son rôle parental et dans laquelle Isabelle Carré ne trouve pas sa place.
     Après une tentative de suicide à 14 ans, ses parents l'installent seule dans un appartement à 15 ans. Elle y vit remplie de peur et de solitude.
     C'est à travers ses rêves qu'elle se construit et découvre grâce au théâtre une manière de s'exprimer.
     Le lecteur est touché par tant de tristesse et à la fois choqué de l'irresponsabilité des adultes.
      La voix de l'auteur nous est proche peut-être en raison du manque de chronologie du récit.                 L'émotion vient et elle nous raconte comment s'est déroulée sa vie, ses moments forts. On ressent sa nostalgie.
     Derrière ce sourire si clair se cache tant de mal être que l'on est ému. Isabelle Carré utilise un style poétique très sensible à son image.
     Un livre sensible et vrai, même si on ne comprend pas pourquoi cette actrice si discrète a voulu raconter autant.
Isabelle Carré - Les rêveurs - Editions Grasset - 304 Pages - Parution 10 janvier 2018 - 20.00€

Vincent Almendros : Faire mouche

     Un thriller suffocant d'une centaine de pages, qui se doit d'être lu d'une traite. D'ailleurs vous ne pouvez pas le lâcher, tant l'intensité est grande.
     Nous sommes dans un été de chaleur, à St Fourneaux, autant dire le bout du monde. Laurent, le narrateur revient dans le village de son enfance, après de longues années d'absence pour assister au mariage de sa cousine.
    Ce sera l'occasion de revoir sa famille puisqu'ils habitent toujours là, et surtout sa mère.
    Un lieu qu'il a fui, lui reviennent alors tous les mauvais souvenirs de l'enfance : la mort de son père, le comportement de sa mère.
     Une famille en fin de course, usée par la  rancoeur et les secrets et dont les non-dits étouffent le présent.
      Nous sommes happés par les mots et les descriptions très visuelles que l'auteur nous montrent avec les yeux de Laurent.
     Un passé que le narrateur enfouit lui aussi. 
     La construction littéraire est très efficace. Dès les premières phrases, le lecteur se retrouve face à un univers familial lourd de questions auxquelles personne ne répond.
     C'est oppressant et sous couvert d'une histoire simple, une tension s'installe et l'inexprimé devient essentiel.
     La quatrième de couverture est très réussie, vraiment tout est dit et rien n'est dit.
     L'auteur nous emmène sur une fin qui percute dans les dernières lignes.
     Alors...lisez     
Vincent Almendros - Faire mouche - Editions de Minuit - Parution 2018 - 128 Pages - 11.50 €